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BD VR – Comment la réalité virtuelle transforme la bande dessinée

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Grâce à la réalité virtuelle, la bande dessinée est en train de connaître une transformation majeure. Les BD VR permettent aux spectateurs de s’immerger pleinement dans l’action, de vivre le récit plutôt que de simplement le lire. Découvrez comment la réalité virtuelle transforme les différents genres de bandes dessinées.

En permettant aux utilisateurs de s’immerger dans des environnements virtuels, la réalité virtuelle a le potentiel de transformer les différents arts. Tout comme la peinture, le cinéma, la musique ou encore la photographie, la bande dessinée est sur le point de connaître une transformation en profondeur grâce à la VR.

BD VR : Madefire, l’application qui transforme les comics en expériences interactives

Les films de super-héros permettent d’intégrer les héros de bandes dessinées au monde réel grâce à la magie du cinéma. Aujourd’hui, grâce à la réalité virtuelle, l’inverse est désormais possible : les fans de comics peuvent être immergées dans leurs bandes dessinées préférées. Dans le cadre de la dernière Comic Con de New York, plusieurs pontes d’Hollywood, développeurs de jeux en VR et dessinateurs de comics ont débattu de la manière dont les nouvelles technologies transforment la façon dont nous lisons et créons des bandess dessinées. La startup Madefire, présente lors de l’événement, a présenté une démonstration de BD VR. Spécialisée dans les Motion Books, consistant à ajouter des effets spéciaux aux bandes dessinées numériques, la firme a récemment levé 6,5 millions de dollars auprès d’investisseurs comme Drake et Kevin Spacey pour développer un prototype d’application VR permettant aux dessinateurs de transformer leurs comics en expérience 3D.

Lorsque l’application sera disponible, tous les artistes pourront distribuer des BD VR gratuitement sur tous les casques de réalité virtuelle. Pour l’heure, la démonstration disponible sur l’Oculus Store du Samsung Gear VR présente des bandes dessinées comme Injustice : Gods Among US en réalité virtuelle. Des effets de mouvements, ainsi que des effets visuels et sonores, rendent l’expérience de lecture très immersive et spectaculaire.

Les cases défilent une par une, redimensionnées pour épouser le champ de vision du lecteur. En pressant le bouton tactile du Gear VR, l’utilisateur fait apparaître la case suivante. Cette nouvelle façon de lire une bande dessinée transforme l’expérience. Grâce à la VR, l’utilisateur peut se concentrer sur les petits détails tout en s’immergeant pleinement dans l’univers fictif. Par exemple, dans la bande dessinée Spectrum, une pression sur le bouton du Gear VR fait apparaître un GIF d’un rayon laser qui scinde une voiture en deux. Un son est ensuite émis pour traduire l’explosion de la voiture. Ainsi, l’action est réellement mise en scène d’une façon dynamique.

Madefire ajoute une quatrième dimension aux comics

Qu’il s’agisse de comics en 2D ou en 3D, c’est l’ajout d’une quatrième dimension, celle du temps, qui distingue réellement les BD VR de Madefire des bandes dessinées traditionnelles. L’action s’en trouve beaucoup moins confuse pour le lecteur, et la vitesse variable des transitions permet de refléter l’intensité des scènes. Le créateur de la bande dessinée Watchmen, Dave Gibbons, a conçu son nouveau comic Treatment spécialement pour la plateforme de Madefire. L’action se déroule de façon naturelle devant les yeux du spectateur, laissant davantage de contrôle aux dessinateurs sur la façon dont les lecteurs lisent et interprètent l’histoire.

Grâce à l’application en VR de Madefire, les créateurs de BD pourront désormais manipuler des objets en trois dimensions, créer des effets de profondeur, ou même ajouter des animations à leurs bandes dessinées. Autant dire que cette application a le potentiel de transformer la BD. La réalité virtuelle permet à la bande dessinée de se défaire des contraintes de jadis, et peut donc stimuler la créativité des dessinateurs. Plutôt que de se focaliser sur le nombre de pages d’une bande dessinée, les dessinateurs peuvent désormais se concentrer sur le temps qu’ils souhaitent que dure l’expérience.De plus, dans la VR, le lecteur n’a pas la possibilité d’aller directement à la fin d’un combat ou d’une scène importante pour voir la fin. L’effet de surprise est préservé jusqu’à la fin, ce qui sera particulièrement utile pour certains genres comme l’horreur ou la comédie.

Le moteur open source de Madefire permet à tous les créateurs de comics de s’initier à la VR

Le moteur de rendu de Madefire, qui repose sur OpenGL, est disponible sur internet et permet donc à tous les artistes et auteurs de collaborer sur des projets de façon simultanée. De plus, en choisissant de développer son propre moteur plutôt que d’utiliser Unity ou Unreal Engine, Madefire est en mesure de publier ses BD VR sur toutes les plateformes dont iOS, Android, Samsung Gear VR, Oculus Rift, HTC Vive ou même DeviantArt.

À l’heure actuelle, le principal défaut de la BD VR est l’impossibilité de retranscrire ces créations au format papier. Il est tout à fait possible de retranscrire une bande dessinée imprimée en action 3D, mais l’inverse est bien plus compliqué. Or, la plupart des dessinateurs restent attachés à ce format traditionnel et prestigieux. C’est la raison pour laquelle Madefire souhaite éviter que les BD VR deviennent des films. L’expérience doit rester une expérience de lecture. Ainsi, la firme conseille aux auteurs de limiter le nombre d’actions par clic à une ou deux, afin de conserver un rythme comparable à celui des comics papier.

Selon Gibbons, la réalité virtuelle crée une toute nouvelle grammaire de narration pour les dessinateurs de comics. Pour déterminer si les nouvelles idées générées par cette grammaire sont pertinentes, les auteurs ont besoin des retours de leurs lecteurs. Par exemple, en ce qui concerne les effets sonores et les bandes sons, Madefire propose aux artistes une large banque sonore, mais leur conseille de conserver un nombre d’effets inférieur à cinq par case pour laisser le lecteur imaginer une partie du récit par ses propres soins. Ainsi, les créateurs de Madefire souhaitent éviter d’ajouter des doublages vocaux aux comics pour que l’utilisateur puisse choisir le rythme auquel il lit la BD VR.

Les professionnels de la VR s’intéressent au potentiel de Madefire pour le cinéma

En revanche, du côté des professionnels de la VR, les choses sont perçues différemment. Matt Hooper, directeur du développement d’Oculus et conseiller de Madefire, imagine le futur de l’application comme un cinéma permettant aux fans de comics de partager une expérience sociale et conviviale. Par exemple, lors de la sortie d’une nouvelle bande dessinée phare en réalité virtuelle, des millions de lecteurs pourraient se réunir et assister ensemble au déroulement de l’action.

De même, Ted Gagliano de la 20th Century Fox souhaite utiliser la réalité virtuelle pour immerger les spectateurs dans les films de super-héros. Plutôt que de rendre les bandes dessinées imprimées plus cinématographiques, il imagine la manière dont Madefire pourrait proposer des expériences interactives pour promouvoir les blockbusters. Quoi qu’il en soit, pour l’heure, les créateurs de Madefire préfèrent que les BD VR restent davantage une expérience de lecture, notamment pour éviter que la conversion du format papier vers la VR ne prenne plus de quelques jours.

Encore en version bêta, le logiciel open source de Madefire sera lancé en version définitive dans les mois à venir. La firme espère atteindre davantage de créateurs de comics afin de développer un catalogue conséquent, tout en continuant à travailler avec des artistes amateurs pour toucher une audience plus large. Malgré les nombreux défis à surmonter, Madefire compte bien révolutionner la façon dont les fans de comics consomment les bandes dessinées. Alors que les super héros Marvel auront bientôt leur propre jeu VR financé par Oculus Studios, le potentiel de Madefire semble très immense.

BD VR : Square Enix transforme le manga grâce à la réalité virtuelle

Dans le cadre du dernier Tokyo Game Show, Square Enix a récemment dévoilé Project Hikari : VR x Manga, un projet expérimental visant à transformer l’expérience de lecture des mangas. Tout comme Madefire, l’application propose aux utilisateurs de s’immerger dans la bande dessinée, case après case. En l’occurrence, les dialogues sont doublés, et l’utilisateur peut zoomer sur les différents détails de chaque case ou au contraire prendre du recul pour voir la scène dans son ensemble.

Les cases les plus larges sont même affichées en trois dimensions, permettant à l’utilisateur de les contempler comme s’il regardait à travers une fenêtre. Avec ce projet, Square Enix souhaite créer une expérience à mi-chemin entre le manga et les dessins animés. La démonstration présentée au TGS ne proposait de s’immerger que dans un seul manga : Tales of Wedding Rings, daté de 2014. Toutefois, si ce projet se concrétise, il est probable que de nombreux mangas soient convertis en BD VR, pour le plus grand plaisir des fans de bande dessinée japonaise.

Magnétique : la première bande dessinée en réalité virtuelle

Créée par le studio italien Oniride, Magnetique est une bande dessinée en réalité virtuelle disponible sur le Samsung Gear VR. L’utilisateur est immergé dans une aventure à 360 degrés, contant l’histoire du marionnettiste Nero et de sa quête de vengeance. En fixant une bulle, l’utilisateur peut augmenter sa taille, tandis que des effets sonores se lancent en fonction de l’action. Illustrée par le dessinateur Emilio Pilliu avec le logiciel Photoshop, cette BD VR a aussi été créée à l’aide d’outils développés en interne, notamment pour le respect des proportions.

De même, le moteur Unity a permis d’ajouter des effets stéréoscopiques à certains éléments. Sur le long terme, Oniride espère créer plusieurs séries de BD VR avec différents artistes. Une plateforme a déjà été créée pour distribuer ces créations. Vous l’aurez compris, la réalité virtuelle transforme tous les genres de bandes dessinées, et pourrait bien représenter le futur du neuvième art.

  • Wazarf

    ça reste quand même plus reposant de lire une BD papier plutôt que de porter un casque sur la tête pour voir un truc à moitié animé. Clairement il va y avoir un certaine clientèle de niche pour ce nouveau format mais la BD physique statique a encore de beau jours devant elles.
    Le papier perdure (sauf intempérie ou catastrophe naturelle), le dématérialisé fini par disparaitre plus rapidement qu’on ne l’imagine.

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