L’intelligence artificielle ne se limite plus à générer du texte ou des images. Elle commence aussi à comprendre et à construire des environnements en trois dimensions. Avec sa plateforme Marble, World Labs veut transformer des textes, des images ou des vidéos en espaces 3D interactifs et navigables.
World Labs s’impose progressivement comme l’une des startups les plus intéressantes dans le domaine de l’intelligence spatiale. Fondée par la chercheuse Fei-Fei Li, l’entreprise travaille sur des modèles capables de comprendre les relations entre les objets en 3D. Cette approche marque une évolution importante par rapport aux modèles d’IA traditionnels.
Avec Marble, World Labs propose de transformer différentes sources, comme une photo, une vidéo ou un texte en environnement 3D navigable. Derrière cette technologie se trouve une ambition plus large : permettre aux machines de mieux comprendre le monde physique en passant par des représentations virtuelles capables de servir à la création, à la simulation et à l’entraînement de systèmes intelligents.
La petite histoire de la startup World Labs
Lancée en 2024, la startup s’est basée au début dans des travaux plus anciens consacrés à la vision artificielle. Mais, l’établissement a vite évolué en quelques années avec la direction de Fei-Fei-Li. La chercheuse connue dans le domaine de l’intelligence artificielle s’est alliée avec Justin Johnson, Christoph Lassner et Ben Mildenhall.
Le projet repose désormais sur l’idée que l’IA ne devrait pas seulement savoir reconnaître ce qu’elle voit. Elle devrait pouvoir comprendre où se trouvent les objets et quelle est leur forme. Elle doit aussi savoir comment ils sont disposés les uns par rapport aux autres. World Labs veut même une IA qui comprend comment un environnement peut être représenté dans l’espace.
Cette ambition nécessite toutefois d’importantes ressources techniques et financières. En septembre 2024, World Labs réalise un premier tour de table de 230 millions de dollars. Ce financement permet à l’entreprise d’accélérer ses travaux autour de l’intelligence spatiale. Elle peut alors développer des modèles capables de produire des environnements virtuels toujours plus complexes.
La startup attire rapidement l’attention de plusieurs acteurs importants de l’industrie technologique. Nvidia et Intel figurent notamment parmi les soutiens cités autour de son développement. En février 2026, World Labs bénéficie ensuite d’un nouveau soutien financier d’un milliard de dollars. Cette progression donne une idée de l’intérêt suscité par les technologies capables de rapprocher l’intelligence artificielle du monde physique.
Que signifie l’intelligence spatiale selon World Labs ?
La différence de l’intelligence spatiale avec un générateur d’images classique est importante. Une image en deux dimensions peut représenter une pièce, une rue ou un paysage, mais elle reste fondamentalement une représentation plane. Un modèle orienté vers l’intelligence spatiale cherche au contraire à comprendre les volumes et les relations géométriques qui composent la scène.
Cela implique notamment la prise en compte des distances, des positions relatives des objets et la structure générale d’un environnement. Une table ne doit pas seulement être identifiée comme une table. Sa présence doit également être comprise dans le contexte de la pièce qui l’entoure. Cette capacité devient particulièrement intéressante lorsque l’environnement doit être exploré ou manipulé.
Une scène 3D cohérente peut servir de base à une expérience interactive, à une simulation ou à l’entraînement d’un système robotique. World Labs cherche ainsi à faire évoluer la manière dont les machines représentent le monde. L’objectif de la startup consiste à produire des espaces virtuels pouvant conserver une certaine cohérence lorsque l’utilisateur se déplace à l’intérieur.
Il faut admettre que cette orientation reste particulièrement complexe. Une scène générée par IA doit conserver une structure suffisamment stable pour éviter les incohérences lorsque le point de vue change. Les objets doivent rester à leur place et leurs proportions doivent rester crédibles. C’est sur cette compréhension de l’espace que se concentre l’approche de World Labs. La technologie trouve alors des applications potentielles dans la robotique et la réalité mixte.
Comment fonctionne Marble, le premier outil de World Labs ?
Marble constitue l’un des exemples les plus concrets de la technologie développée par la start up. La plateforme fonctionne comme un modèle multimodal capable de partir de différentes sources pour produire un environnement virtuel en trois dimensions. L’utilisateur peut notamment fournir un texte, une image, une vidéo ou encore un croquis. Le système analyse ces informations pour réaliser une représentation spatiale correspondante.
Cette approche change la manière de concevoir un environnement numérique. Jusqu’ici, la création d’un décor 3D pouvait demander de nombreuses heures de modélisation, de texturing et de mise en place technique. Avec Marble, une partie de ce travail peut être amorcée directement à partir d’une description ou d’un contenu existant.
Par ailleurs, le système s’appuie sur les Gaussian splats pour représenter les environnements. Cette technique permet de construire des scènes 3D à partir d’une représentation basée sur de nombreux éléments visuels positionnés dans l’espace. A noter que Marble propose aussi le mode Chisel. Celui-ci permet de travailler davantage sur la structure d’un environnement avant de se concentrer sur son apparence visuelle.
Ainsi, l’outil ne se limite pas à produire une image donnant l’illusion d’un décor. Il est possible de créer un espace dans lequel l’utilisateur peut se déplacer et observer l’environnement sous différents angles. Cette différence est essentielle pour les secteurs qui ont besoin de véritables environnements numériques. Un studio de jeu vidéo peut par exemple avoir besoin d’explorer un décor avant de l’intégrer dans son moteur.

Les différents usages de World Labs dans la création 3D
Les possibilités offertes par l’intelligence spatiale concernent de nombreux domaines de la création numérique. World Labs vise notamment des secteurs dans lesquels la représentation d’un espace joue un rôle central. Les principaux usages évoqués autour de cette technologie concernent :
- L’architecture, avec la création et la présentation de volumes interactifs permettant de visualiser plus facilement un projet.
- Le cinéma et la production virtuelle, grâce à la prévisualisation de décors et d’environnements avant leur réalisation.
- Le jeu vidéo, avec la génération de niveaux et d’espaces pouvant servir de base au travail des développeurs.
- La réalité virtuelle, puisque les environnements générés peuvent être explorés plutôt que simplement regardés sur un écran.
Pour les architectes, l’intérêt réside dans la possibilité de passer plus rapidement d’une idée à une représentation spatiale. Une esquisse ou une description peut servir de point de départ à la construction d’un environnement virtuel. Dans le cinéma, cette technologie peut également faciliter la prévisualisation. Les équipes peuvent disposer d’un environnement numérique avant de passer à certaines étapes de production.
Le jeu vidéo représente naturellement un autre terrain particulièrement intéressant. La génération d’environnements 3D peut accélérer certaines phases de conception. De ce fait, les développeurs peuvent tester rapidement des idées de niveaux ou de décors. La réalité virtuelle bénéficie elle aussi naturellement de cette approche. Un environnement généré en trois dimensions peut être exploré directement. Vous profiterez alors d’une expérience complètement différente d’une image générée par une IA classique.
Comment intégrer les créations de World Labs dans un workflow professionnel ?
L’un des enjeux majeurs pour une technologie de génération 3D reste son intégration dans les outils utilisés quotidiennement par les professionnels. Une excellente démonstration technique ne suffit pas si les créations produites restent enfermées dans une plateforme. Avec World Labs, les utilisateurs peuvent passer par World API ou exporter leurs créations dans différents formats (GLB, SPZ et PLY).
Ces formats peuvent ensuite être exploités dans des environnements de travail dédiés à la création 3D. Blender, Houdini ou Unreal Engine font notamment partie des logiciels pouvant être utilisés pour poursuivre le travail sur les environnements générés. Pour un studio professionnel, l’équipe n’a pas intérêt à recommencer toute sa production dans un nouvel outil. Elle cherche plutôt à intégrer une nouvelle technologie dans un pipeline déjà maîtrisé.
En outre, l’API ouvre aussi la voie à des processus plus automatisés. Elle permet de générer des mondes virtuels dans des projets liés au design tout en limitant les interventions manuelles. Cette automatisation peut devenir intéressante lorsque les équipes doivent produire un grand nombre d’environnements. Le gain de temps potentiel devient alors beaucoup plus important que dans le cadre d’une simple démonstration.
Toutefois, il est nécessaire d’adapter les créations générées aux contraintes du projet final. Un environnement produit automatiquement n’est pas forcément immédiatement optimisé pour un moteur 3D ou pour une expérience interactive complexe. Les développeurs peuvent avoir besoin de retravailler les maillages, les ressources et la structure générale de la scène. Ainsi, l’intégration de World Labs doit être considérée comme une étape supplémentaire dans un workflow.
World Labs va-t-elle transformer le domaine de la robotique ?
La robotique représente probablement l’un des domaines dans lesquels l’intelligence spatiale peut avoir les conséquences les plus importantes. Un robot doit être capable de comprendre son environnement pour se déplacer, manipuler des objets et accomplir une tâche. World Labs explore une approche fondée sur le passage du réel au virtuel, puis du virtuel au réel.
L’idée de la startup consiste à utiliser des environnements synthétiques pour entraîner les machines. Cela doit être fait sans devoir reproduire chaque expérience directement dans le monde physique. Avec cette approche, il est plus facile de répéter la simulation sur tous les projets. Un environnement virtuel peut être modifié, multiplié et ajusté afin de créer différentes situations d’apprentissage.
Les modèles virtuels peuvent servir à générer de nombreux scénarios à partir d’une même tâche réelle. Pour la robotique, cela ouvre des possibilités intéressantes pour l’apprentissage automatique. Il est par exemple possible de multiplier les scénarios d’entraînement sans devoir construire physiquement chaque situation.
Notez aussi l’opportunité de réduire certains risques matériels, puisque les premières expériences peuvent être effectuées dans des environnements virtuels. Vous pouvez même modifier rapidement les paramètres d’une scène pour exposer les robots à des situations différentes. Il reste enfin la création de données synthétiques destinées à améliorer l’apprentissage des systèmes robotiques.
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