Des vidéos intimes filmées avec des lunettes Meta ont-elles été examinées par des sous-traitants sans l’accord des personnes visibles à l’écran ? Deux sénateurs américains exigent des réponses de Mark Zuckerberg. Derrière cette nouvelle enquête, une question concerne aussi les Français : que deviennent les images capturées par les Ray-Ban Meta lorsqu’elles servent à faire fonctionner leur intelligence artificielle ?
Des scènes intimes examinées par des sous-traitants au Kenya
Fin février, les journaux suédois Svenska Dagbladet et Göteborgs-Posten rapportaient les témoignages de salariés de Sama, prestataire installé à Nairobi, chargés d’analyser des images provenant des lunettes Meta. Certains contenus montraient des personnes en train de se déshabiller, d’aller aux toilettes ou d’avoir des rapports sexuels.
Ces annotateurs entraînaient l’IA à comprendre des images, des vidéos ou des échanges vocaux. Selon eux, les mécanismes censés masquer les visages ne fonctionnaient pas toujours. Ces révélations ont suscité des questions chez plusieurs autorités de protection des données et des actions en justice aux États-Unis.
La nouvelle interpellation officielle de Meta, dévoilée le 29 octobre, relance l’affaire. Les sénateurs Ron Wyden et Edward Markey demandent notamment à Meta d’identifier les entreprises ayant accès aux images, les pays où se déroulent les contrôles et les protections contractuelles imposées.
Meta peut-elle vraiment regarder toutes vos vidéos ?
Non, pas indistinctement. Meta affirme que les photos et vidéos prises normalement pour la galerie restent privées sur les lunettes, puis sur le téléphone de leur propriétaire, tant que celui-ci ne les partage pas. Il ne faut donc pas confondre chaque vidéo personnelle avec une image volontairement transmise à l’assistant Meta AI.
Mais lorsqu’un utilisateur demande à l’IA d’analyser ce qu’il voit, certaines données visuelles peuvent être envoyées vers les serveurs de l’entreprise. Meta a reconnu que des sous-traitants pouvaient parfois examiner des contenus partagés avec son assistant afin d’améliorer le service. Le groupe assure filtrer ces éléments pour réduire les risques d’identification. C’est précisément l’efficacité de ce filtrage que les témoignages ont remise en question.
Depuis septembre, un réglage permet aussi de limiter la conservation des images issues des interactions visuelles avec l’IA. Nous expliquions déjà comment empêcher le stockage de certaines données visuelles sur les lunettes Meta. Ce réglage ne signifie toutefois pas que l’assistant fonctionne sans aucun traitement distant.
Le véritable angle mort, ce sont les personnes filmées
La défense du fabricant repose notamment sur le consentement du propriétaire des lunettes. Or, celui qui porte les lunettes n’est pas forcément celui que la caméra capture. Un conjoint, un collègue, un client ou un passant peut se retrouver dans le champ sans avoir accepté ni l’enregistrement ni une éventuelle utilisation de l’image pour améliorer une IA.
Les deux sénateurs veulent savoir si ces personnes disposent d’un moyen concret de demander la suppression des données les concernant. Ils interrogent également Meta sur la conservation des informations biométriques, les voies de recours et la participation des équipes chargées de protéger les femmes contre les images intimes non consenties.
Le problème dépasse le simple piratage. Même sans fuite publique, le visionnage d’une scène privée par un tiers pose une question de confidentialité. C’est aussi ce qui rend les outils destinés à repérer les lunettes-caméras si controversés : une personne filmée n’a pas nécessairement les moyens de savoir ce qui a été enregistré.
La LED des Ray-Ban Meta ne suffit-elle pas ?
Meta met en avant un voyant blanc clignotant lorsque les lunettes prennent des photos ou enregistrent des vidéos destinées à la galerie. Le fabricant affirme avoir ajouté des protections pour désactiver la caméra lorsque ce voyant est masqué ou détérioré.
Les sénateurs demandent néanmoins quels tests ont réellement été menés sur l’activation accidentelle, la neutralisation du témoin lumineux et les interactions avec l’IA visuelle qui n’allument pas nécessairement l’indicateur d’enregistrement de la galerie. Ils soulignent également qu’une LED peut être difficile à distinguer en plein soleil, ou inaccessible à une personne malvoyante.
En parallèle, les projets de reconnaissance faciale dans les futures lunettes Meta alimentent déjà des inquiétudes. Il faut toutefois distinguer ces perspectives technologiques des fonctions effectivement disponibles aujourd’hui.
Neuf questions adressées à Zuckerberg, une échéance précise
La lettre du 28 octobre ne constitue ni une condamnation judiciaire ni la preuve que toutes les lunettes Meta enregistrent à l’insu de leur propriétaire. C’est une demande d’informations, fondée sur des reportages, des plaintes et les propres déclarations de l’entreprise.
Wyden et Markey ont donné à Meta jusqu’au 25 novembre 2026 pour répondre à neuf séries de questions : qui voit les données, lesquelles servent à entraîner les modèles, comment fonctionnent les mesures de sécurité et quels recours existent pour les personnes qui n’ont jamais consenti à être filmées. À la date du 2 novembre, aucune réponse publique à cette nouvelle lettre n’a été identifiée.
Que faire si vous possédez des Ray-Ban Meta ?
Pour les propriétaires, le premier réflexe est de vérifier les options de conservation des données visuelles dans l’application Meta AI. Notre guide des réglages de confidentialité Ray-Ban Meta détaille les principaux contrôles accessibles.
Évitez surtout d’utiliser les fonctions visuelles de l’IA dans des situations privées ou face à des personnes qui ignorent être filmées. Pour ces dernières, le cœur du problème demeure : on peut refuser d’acheter des lunettes connectées, mais pas toujours d’entrer dans le champ de celles d’un autre. Les réponses attendues de Meta devront enfin préciser ce qu’il advient de ces images.
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