Les nouvelles lunettes connectées font sensation auprès des amateurs de technologie. Mais leur usage dérive déjà dangereusement dans la rue. En effet, plusieurs femmes se retrouvent piégées à leur insu par des créateurs de contenus en quête de notoriété facile. Cette pratique sauvage débouche sur de violentes vagues de cyberharcèlement sur les réseaux sociaux.
Se promener tranquillement en ville devient parfois un exercice délicat face à la prolifération des gadgets enregistreurs. Un simple micro-trottoir au coin d’une rue peut aujourd’hui cacher une captation clandestine réalisée avec des lunettes connectées. Ces séquences volées visent prioritairement des femmes pour maximiser l’attention du public sur TikTok ou Instagram. Une fois mises en ligne, ces vidéos ouvrent la porte à un redoutable cyberharcèlement alimenté par des commentaires haineux. Face à ce constat préoccupant, l’association e-Enfance alerte sur la multiplication de ces agressions numériques d’un genre nouveau.
Un piège de rue taillé pour la viralité
Depuis le début de l’année, la plateforme d’urgence 3018 enregistre une hausse particulièrement marquée des signalements d’agressions virtuelles. Le mode opératoire s’avère toujours identique et redoutablement rodé. Un individu aborde des passants sans révéler qu’il porte des lunettes connectées dotées d’objectifs caméras très discrets. En outre, ces modèles de lunettes connectées passent presque inaperçus aux yeux des piétons. L’auteur cherche délibérément à poser des questions intimes, vulgaires ou décalées afin de perturber les femmes ciblées.
De surcroît, la mise en scène s’assure de montrer ces femmes sous un jour défavorable, mal à l’aise ou ridicule. Après un montage tronqué et orienté, la vidéo rejoint les plateformes numériques pour faire le buzz. La victime subit alors de plein fouet un premier niveau de cyberharcèlement sous la forme de moqueries et d’insultes misogynes. Par la suite, ce cyberharcèlement s’intensifie jusqu’à générer de réelles menaces de mort ou du harcèlement dans la vie réelle. Plus grave encore, plusieurs créateurs très suivis font de cette humiliation publique leur principal fonds de commerce. Ils refusent catégoriquement de retirer les contenus, même quand les victimes le leur demandent poliment.
Des réponses insuffisantes face aux dérives
La modération actuelle peine grandement à stopper la prolifération de ces abus répétés. Certes, des plateformes comme TikTok suppriment parfois des vidéos signalées par les représentants d’e-Enfance. Néanmoins, les comptes des vidéastes restent le plus souvent actifs et continuent de publier de nouvelles séquences. C’est pourquoi l’association réclame haut et fort une politique de tolérance zéro. L’organisation demande le bannissement immédiat des comptes récidivistes.
Du côté des fabricants, quelques timides corrections apparaissent. Par exemple, la société Meta bloque désormais la captation vidéo si le voyant lumineux des lunettes connectées est masqué ou altéré. Toutefois, l’allumage d’un petit témoin lumineux ne garantit aucunement le consentement explicite des femmes filmées à leur insu. Les défenseurs de la vie privée exigent donc une refonte globale de la conception des lunettes connectées. D’ailleurs, la ville d’Oslo a récemment interdit ces accessoires dans ses établissements scolaires pour protéger ses jeunes élèves. En France, la CNIL rappelle que la captation ciblée d’inconnus doit respecter scrupuleusement la législation. Il apparaît primordial d’instaurer des lois claires et adaptées afin de préserver chaque citoyenne contre le cyberharcèlement. Sans un encadrement strict, l’insécurité des femmes dans la rue continuera d’alimenter des vagues de cyberharcèlement dévastatrices.
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