Des lunettes intelligentes vendues à petit prix en Australie révèlent de graves failles de sécurité. Des chercheurs ont découvert qu’elles peuvent exposer des images, vidéos et informations privées sans protection suffisante.
Les lunettes connectées veulent s’imposer comme les prochains objets incontournables du quotidien. Mais certains modèles abordables montrent déjà leurs limites, notamment sur le terrain de la cybersécurité.
Une enquête menée par ABC News révèle que plusieurs lunettes intelligentes peuvent être compromises à distance, simplement grâce au Bluetooth. Des experts de NSB Cyber et Abstract Shield ont analysé ces appareils pendant six jours. Leurs tests ont révélé plus d’une douzaine de failles de sécurité importantes.
Les chercheurs ont étudié deux modèles disponibles en Australie. Le premier était vendu 60 dollars chez Temu, tandis que le second affichait un prix de 110 dollars via BDI Technology sur Big W Marketplace.
Selon David Crees, chercheur principal de l’étude, une personne située à proximité peut prendre le contrôle des lunettes sans saisir le moindre mot de passe. « Une autre personne possédant la même application peut se connecter aux lunettes sans mot de passe », explique-t-il.
Pour le spécialiste, ce niveau de protection est particulièrement inquiétant. Il estime qu’un appareil électronique grand public moderne ne devrait jamais présenter une faiblesse aussi basique. Les conséquences peuvent rapidement devenir problématiques. Un pirate pourrait accéder aux photos, vidéos et enregistrements stockés dans les lunettes.
Des protections trop faibles face aux attaques
Les tests ont montré qu’un attaquant peut tenter une connexion Bluetooth lorsque les lunettes sont allumées mais non associées à leur propriétaire. Aucune demande d’identification supplémentaire ne bloque alors l’accès, selon les chercheurs.
Une fois connecté, le pirate peut capturer de nouvelles images, enregistrer du son ou récupérer les fichiers déjà présents dans l’appareil. Les échanges entre les lunettes et le smartphone peuvent aussi être interceptés pendant leur transfert.
Les experts ont également découvert qu’un individu malveillant pouvait se faire passer pour une autre paire de lunettes. Cette méthode pourrait permettre d’accéder à l’application mobile utilisée par le véritable propriétaire.
Autre problème relevé, le numéro d’identification des lunettes reste visible par les appareils Bluetooth proches lorsqu’elles ne sont pas associées. Une autre faille du site web pourrait ensuite permettre de retrouver certaines informations personnelles, comme une adresse email ou une date de naissance.
Kimberlee Weatherall, spécialiste du droit des technologies à l’Université de Sydney, juge la situation préoccupante. « Ils ne semblent pas avoir mis de mot de passe », explique-t-elle. Selon elle, les fabricants n’auraient pas intégré plusieurs mesures de protection pourtant considérées comme essentielles.
Des données transférées vers des serveurs en Chine
L’enquête a également soulevé des interrogations sur le parcours des données collectées par ces lunettes. Les chercheurs ont constaté que les demandes envoyées à l’assistant IA intégré transitaient par un serveur situé à Shenzhen. Les images transmises au système d’intelligence artificielle suivaient également ce chemin.
Selon la fonction utilisée, certaines informations peuvent ensuite rejoindre d’autres serveurs situés en Chine ou aux États-Unis.Cependant, les utilisateurs ne semblaient pas être clairement informés de ces transferts.
Evan Vougdis, membre de NSB Cyber, estime que cette situation crée une forte incertitude. « Il existe un degré élevé d’incertitude quant à la destination des données », affirme-t-il.
Les analyses suggèrent également que l’assistant IA pourrait reposer en partie sur des modèles développés en Chine. Certains résultats générés par le chatbot ont aussi suscité des interrogations sur des sujets considérés comme sensibles par Pékin.
Après la publication des conclusions, la polémique a pris de l’ampleur en Australie. BDI Technology a finalement annoncé l’arrêt de la commercialisation de ses lunettes connectées.
David Crees estime toutefois que corriger toutes les failles demanderait près d’un an de travail. Selon lui, un rappel des produits pourrait représenter une option plus réaliste face à l’importance des problèmes détectés.
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