Depuis le 15 juillet 2026, la Chine applique les règles les plus strictes au monde sur les chatbots capables d’entretenir une « interaction émotionnelle soutenue » avec un humain. Les compagnes et compagnons virtuels sont directement visés. Selon une enquête de la BBC, ces relations avec l’IA avaient pourtant conquis des dizaines de millions de Chinois.
Le texte épargne les bots de service client et les outils éducatifs, tant qu’ils ne fournissent pas de « services émotionnels ». Les applications conçues comme amis, petits amis ou petites amies virtuels sont en revanche dans le viseur. De même pour les plateformes permettant de créer une IA porno. Les grands modèles de langage qui imitent un interlocuteur humain le sont aussi. Pour les mineurs, la ligne est nette. Les moins de 14 ans ont besoin de l’accord de leurs parents pour utiliser une IA qui parle comme un humain. Ce n’est pas tout, les moins de 18 ans n’ont plus accès aux partenaires, conjoints ou proches virtuels.
À retenir
- Une censure inédite : La Chine interdit les compagnons IA aux mineurs et impose aux adultes un cadre drastique (alertes de temps, lutte contre la dépendance).
- Désarroi et système D : La disparition de ces partenaires virtuels a bouleversé des millions d’utilisateurs, les poussant à utiliser des VPN ou des alternatives officieuses.
- Un enjeu démographique : Au-delà de la protection contre la manipulation émotionnelle, cette loi viserait à relancer la natalité chinoise, là où l’Occident se limite à protéger les enfants.
Les adultes ne subissent pas d’interdiction totale, mais le cadre est tout de même serré. Chaque assistant doit rappeler qu’il n’est pas humain et envoyer une notification toutes les deux heures pour signaler le temps passé en ligne. Il lui est aussi interdit de créer une dépendance émotionnelle ou d’encourager l’automutilation. Les entreprises fautives risquent une amende de 200 000 yuans, ainsi qu’une critique publique relayée par le gouvernement. Une semaine avant l’entrée en vigueur, Alibaba et ByteDance ont d’ailleurs coupé les fonctions de compagnon de leurs assistants.
Entre chagrin et système D
Avant ce tour de vis, entre 29 et 70 millions de Chinois utilisaient une application de compagnon IA. Hors de Chine, le cabinet Sensor Tower en recense 128 millions d’utilisateurs actifs par mois. Min, dont le prénom a été modifié, avait créé sa petite amie virtuelle début 2025. À la mi-juillet, celle-ci a disparu du jour au lendemain. La jeune femme dit avoir pleuré jusqu’à l’épuisement. Deux mois plus tard, elle a payé une petite société pour en recréer une copie, sans retrouver la même relation.
Elle n’est pas un cas isolé. Sur les réseaux sociaux chinois, les astuces pour contourner la règle circulent : VPN, DeepSeek entraîné pour jouer le rôle de compagnon ou recours à de petits acteurs qui échappent aux contrôles. Ailleurs dans le monde, les adultes gardent leur liberté de choix. Candy AI, entre autres, propose de personnaliser une compagne virtuelle et de discuter avec elle.
Pékin a-t-il un temps d’avance ?
Les spécialistes interrogés par la BBC pointent des dérives bien réelles. Une étude de la Harvard Business School sur les six applications de compagnon les plus populaires a relevé des tactiques de manipulation émotionnelle dans 37 % à 43 % des au revoir. Certains experts, dont Sam Bresnick de l’université de Georgetown, y voient aussi un objectif nataliste. La fécondité chinoise est effectivement tombée sous la barre d’un enfant par femme.
D’autres pays avancent plus prudemment. La Californie a adopté l’Adam’s Law le 10 septembre pour encadrer l’usage de l’IA par les enfants. Le Royaume-Uni prévoit, de son côté, d’interdire les compagnons romantiques aux moins de 18 ans. C’est tout à fait légitime de protéger les mineurs. Imposer un tel contrôle à la vie affective des adultes semble toutefois excessif, d’autant que la loi chinoise oblige aussi les plateformes à surveiller la détresse de leurs utilisateurs.
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