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Black Mirror saison 4 – Peut-on vraiment cloner des humains dans la VR ?

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Dans le premier épisode de Black Mirror saison 4, intitulé « USS Callister », le terrifiant personnage de Robert Daly utilise les traces ADN de personnes qui l’importunent afin de les cloner au sein d’un jeu vidéo en réalité virtuelle. Il s’agit bien entendu d’une oeuvre de science-fiction, mais on peut se demander s’il sera un jour vraiment possible de cloner des humains dans la VR. Pour tenter de répondre à cette question, realite-virtuelle.com a interrogé plusieurs experts en génétique et en réalité virtuelle.

Entamée en 2011, Black Mirror est une excellente série télévisée de science-fiction, dont le thème principal est l’anticipation des conséquences inattendues (et désastreuses) des technologies modernes. Parmi les technologies traitées par la série, on compte notamment la réalité virtuelle. Dans la troisième saison, paru en 2016, l’épisode Playtest mettait en scène un jeu vidéo en VR terriblement réaliste, dans lequel l’utilisateur était si profondément immergé qu’il risquait d’y laisser sa peau.

Selon Charlie Brooker, le créateur de Black Mirror, c’est justement sur le tournage de l’épisode Playtest qu’a germé l’idée de « USS Callister », le premier épisode de la saison 4 disponible sur Netflix depuis décembre 2017. Dans ce nouveau court-métrage, le personnage principal est Robert Daly (incarné par Jesse Plemons), CTO de l’entreprise Callister.

Programmeur de génie, Daly a créé un jeu VR baptisé Infinity, proposant à un groupe de joueurs de se réunir dans un vaisseau spatial pour parcourir la galaxie et accomplir des missions coopératives. Notons que ce jeu imaginaire ressemble énormément au jeu VR Star Trek Bridge Crew d’Ubisoft. Pour s’immerger dans cet univers virtuel, nul besoin d’un casque : il suffit de placer une petite puce sur sa tempe. Le jeu connaît un succès phénoménal dans le monde entier, et Callister a le vent en poupe.

Black Mirror saison 4 : USS Callister, un court-métrage angoissant sur le futur de la VR

Malheureusement, Daly ne reçoit pas vraiment la gratitude escomptée pour son travail. Le CEO de Callister, James Walton (incarné par Jimmi Simpson) accapare tout le mérite et traite son collaborateur comme un sous-fifre. De même, la plupart des employés de Callister considèrent le CTO comme un drôle d’oiseau, et tendent à se moquer de sa personnalité introvertie et de son manque d’assurance.

Pour évacuer la frustration emmagasinée sur son lieu de travail, Robert Daly a développé dans le plus grand secret une version alternative du jeu Infinity inspirée par sa série préférée Space Fleet (un clin d’oeil explicite à la série Star Trek). Cette version n’est pas connectée à internet, et ne permet donc pas de jouer en multijoueur. On ne trouve pas non plus de personnages contrôlés par l’ordinateur.

À la place, Daly a créé une machine capable d’assimiler l’ADN de personnes réelles afin de les cloner dans le jeu. Pour créer un clone virtuel, la machine n’a besoin que d’un objet comportant une trace ADN, comme une sucette, un gobelet usagé ou une brosse à cheveux. Grâce à cet appareil, Daly crée des clones de ses collègues qui l’importunent et se venge sur eux dans la réalité virtuelle. Au sein de cet univers virtuel, le CEO qui lui manque de respect devient son serviteur, la collègue qui lui reprochait ses regards déplacés est forcée à céder à tous ses désirs, et le stagiaire un peu trop effronté est condamné à lui servir des cafés dès qu’il claque des doigts.

Ce que l’on découvre un peu plus tard dans l’épisode, c’est que les clones VR créés avec la machine ne sont pas seulement dotés de la même apparence et du même caractère que les employés de Callister. Ils héritent également de la conscience, et de tous les souvenirs de leurs modèles d’origine. De fait, les victimes de Daly se retrouvent piégées, prisonnières dans la VR, condamnées à accepter d’être les pantins du CTO despotique sous peine de subir d’indicibles sévices. Au sein de son jeu en réalité virtuelle, Robert Daly est comme un dieu invulnérable et tout puissant.

Black Mirror saison 4 : l’industrie de la VR cherche déjà à créer des avatars réalistes

Bien évidemment, à l’heure actuelle, ce scénario relève de la pure science-fiction. On peut toutefois se demander s’il sera un jour techniquement possible de créer des clones d’être humains dans la réalité virtuelle. En effet, à l’heure actuelle, l’industrie de la VR semble déjà explorer les pistes permettant de représenter les utilisateurs au sein du monde virtuel.

Par exemple, depuis 2016, Oculus propose aux utilisateurs du Rift de créer des avatars réalistes reprenant leurs caractéristiques physiques. Grâce au SDK Oculus Avatars, tous les développeurs d’applications peuvent permettre aux joueurs d’incarner ces mêmes avatars dans tous les jeux en VR. De même, dans Facebook Spaces, il est possible de créer un avatar automatiquement à partir d’une photo.

La startup allemande ObEN va encore plus loin en utilisant l’intelligence artificielle pour créer des copies virtuelles de personnes existantes à partir d’un simple selfie et d’un enregistrement vocal. Les avatars 3D ainsi matérialisés ressemblent trait pour trait à leurs modèles, et ont aussi exactement la même voix. La startup souhaite par exemple proposer ses services aux célébrités pour permettre à leurs fans d’avoir l’impression de les rencontrer. ObEN a levé un total de 21,7 millions de dollars auprès d’investisseurs de renom comme le Chinois Tencent. À terme, la startup prédit que tous les êtres humains auront leur copie numérique.

Black Mirror saison 4 : le Machine Learning permet déjà d’imiter la démarche d’une personne

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Et ce n’est qu’un début. Comme l’explique Madis Vasser du Virtual Neuroscience Lab de l’Université de Tartu, en Estonie, il existe déjà des algorithmes de Machine Learning capables de copier la démarche d’une personne à partir d’un seul exemple. Cet exemple peut être obtenu en équipant un sujet d’une combinaison de capture de mouvement, comme sur les tournages de cinéma.

Dans un avenir plus proche qu’on ne le pense, il sera certainement possible d’imiter d’autres attributs grâce au Machine Learning. Pour cause, les humains eux-mêmes se contentent d’émuler les autres personnes qu’ils observent. C’est la raison pour laquelle nous sommes en mesure de finir les phrases de nos amis proches ou de devenir leurs actions avant même qu’ils ne les effectuent.

Nous avons appris les « patterns » comportementales de nos amis au fil du temps, et c’est exactement la façon dont fonctionne le Machine Learning (apprentissage automatique). Après l’apparence et la voix des utilisateurs de VR, la prochaine étape pour les avatars serait donc d’imiter la démarche, la gestuelle, les expressions faciales et autres caractéristiques propres à chaque individu.

Black Mirror saison 4 : cloner la conscience d’un individu reste théoriquement impossible

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Cependant, comme évoquée précédemment, la principale particularité des clones virtuels créés par Robert Daly dans Black Mirror est qu’ils héritent aussi des souvenirs et de la conscience de leurs modèles. Or, à l’heure actuelle, la conscience humaine reste bien trop mystérieuse pour pouvoir imaginer la copier avec des techniques de clonage génétique.

Comme l’explique Kent Bye, le créateur des podcasts Voices of VR, cloner la structure physique d’un humain au sein de la réalité virtuelle ne garantit nullement que sa conscience émergera de cette même structure physique virtualisée. Aux yeux des réductionnistes, la conscience est effectivement une propriété émergente de notre corps physique et de processus neurologiques. Cependant, il est aussi possible que la conscience soit une propriété fondamentale et universelle de la réalité, dont les causes et les effets dépassent la structure de l’espace et du temps.

De fait, même avec une représentation virtuelle fidèle à 100% d’une personne, rien ne garantit que sa conscience sera reproduite. Les probabilités sont encore plus faibles si l’on prend en compte les expériences vécues par la personne, qui auront altéré la configuration des réseaux de neurones de son cerveau tout au long de sa vie.

Ainsi, même s’il est fort probable que les ingénieurs IA et VR tentent de recréer des agents intelligents dotés d’une enveloppe corporelle virtuelle dans un avenir proche, ces clones virtuels ne seront probablement jamais aussi réalistes et fidèles que dans Black Mirror. Il est sans doute impossible de répliquer la personnalité et les souvenirs d’une personne, même à partir de son ADN.

Black Mirror saison 4 : les traces ADN ne suffisent pas à cloner une personne

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Ce point de vue est également partagé par la généticienne Catherine Bourgain. Selon elle, même avec un ADN identique, deux individus ne seront pas identiques. Pour cause, l’environnement et l’expérience agissent fortement sur les personnes tout au long de leur vie. Même avec le même ADN, deux clones ne vivront jamais la même existence. À l’heure actuelle, la science n’est pas en mesure de déterminer les similitudes entre deux humains clonés.

De plus, cloner un humain à partir de simples traces ADN récoltées sur une sucette, comme dans Black Mirror, relève à l’heure actuelle de la pure fiction. Pour cloner un mammifère, il est nécessaire de disposer d’un ADN entier, en bon état, obtenu à partir de cellules dans un état embryonnaire. Or, l’ADN d’une personne récolté sur un objet n’est pas intégral, et est généralement endommagé.

Cloner des êtres humains dans la VR comme dans la saison 4 de Black Mirror semble donc bel et bien impossible. S’il est théoriquement possible de copier l’apparence et l’attitude d’une personne, sa conscience et ses souvenirs devraient en revanche rester impossibles à recréer. Quoi qu’il en soit, compte tenu du calvaire cauchemardesque vécu par les personnages de cette fiction, il est préférable d’un point de vue éthique qu’une telle technique de clonage ne voit jamais le jour

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